En
juin 2010, un jeune égyptien d’Alexandrie, Khaled Saïd a été torturé
jusqu’ à la mort par la police égyptienne. Sa mort a suscité beaucoup de
protestations et de manifestations à Alexandrie et dans toute l’Egypte. Khaled
Saïd est devenu « le martyr de l’état d’urgence » ! Quelques
jours après sa mort, une page sur Facebook a été créée par Wael Ghonim,
informaticien chez Google, à l’hommage de Khaled Saïd. Des centaines de
milliers de jeunes Egyptiens ont rejoint cette page qui avait pour titre :
« Nous sommes tous Khaled Saïd » et qui était une des
premières pages sur l’internet à inviter les jeunes à sortir le 25 janvier 2011
contre les abus et la violence des policiers et pour réclamer : « le
pain, la liberté et la justice sociale ».
Tous les Egyptiens aujourd’hui, en ce temps de
transition, ont beaucoup de projets, d’attentes et de désirs pour leur pays.
Mais en même temps, ils ont aussi des inquiétudes et des craintes devant
l’avenir, l’inconnu, le changement et ces temps tout nouveaux. Or, l’Eglise aujourd’hui
a une mission importante, c’est d’apporter l’espérance dans les cœurs de ceux
qui sont très inquiets et qui perdent confiance en la vie. Toute l’Eglise est
invitée aujourd’hui à travailler pour un apostolat de l’espérance auprès du
monde. C’est là l’apostolat de tous les chrétiens que d’apporter l’espérance à
tous : « La mission n’accomplit aujourd’hui son service que
lorsqu’elle inocule aux hommes le virus de l’espérance. Eveiller ainsi une
espérance vivante…[1] ».
Pour Moltmann, l’Eglise est une communauté eschatologique. Une Eglise qui a
l’espérance en l’avenir de Dieu. Elle ouvre devant le monde un horizon, celui de
l’avenir de Dieu, une extériorisation qui cherche par l’amour et le service
« à rendre plus humaines les conditions d’existence et à réaliser le
droit à la lumière du droit de Dieu qui vient[2] ».
Nous savons très bien que l’Eglise est
toujours au service du salut. Or, ce salut n’est pas seulement la délivrance
individuelle, il est de plus « réalisation d’une espérance
eschatologique de justice, d’humanisation de l’homme, de socialisation de
l’humanité, de paix dans toute la création[3] »,
écrit Moltmann. En fait, l’espérance chrétienne est une espérance concrète,
liée à la vie des hommes et aux relations entre eux : « L’espérance
de l’Evangile a une relation polémique et libératrice non seulement avec les
religions et les idéologies des hommes, mais bien davantage avec leur vie
concrète et pratique, et avec les conditions extérieurs dans lesquelles cette
vie se déroule[4] ».
Edward Schillebeecks nous confirme cette dimension concrète de l’espérance
chrétienne quand il écrit : « … l’espérance chrétienne, qui voit
en Dieu l’avenir de l’homme, est bien plus qu’une théorie, c’est une espérance
active ; elle ne devient réalité qu’en travaillant à construire un avenir
meilleur ; cet avenir ne trouve sa consistance qu’en un souci des autres
ressenti dans le concret des situations terrestres[5] ».
Les jeunes Egyptiens qui se sont libérés de la
peur, et qui continuent à lutter jusqu’aujourd’hui pour achever leur
révolution, peuvent réveiller en l’Eglise d’aujourd’hui cette priorité de
l’apostolat de l’espérance.
A suivre...
[1] Moltmann
Jurgen, Théologie de l’espérance, Cerf, Paris, 1983, p. 353.
[5] Edward
Schillebeeckx, Foi chrétienne et attente terrestre, L’Eglise
dans le monde de ce temp, Mame, Paris, 1967, p. 155.
------------------------------- Extrait de mon mémoire "Le rôle des Eglises aujourd'hui dans la société Égyptienne: Un regard sur la révolution du 25 janvier".
Mina Daniel est le benjamin de sept enfants d’une
famille chrétienne qui comme beaucoup de familles chrétiennes en Egypte a
quitté la Haute Egypte vers le Caire en 1990 pour chercher une vie meilleure.
Mina avait 25 ans quand il a été tué pendant le massacre des chrétiens par les
militaires le 9 octobre 2011 : le « massacre de Maspero ».
Avant la révolution : Mina a commencé ses
activités politiques en 2009, presque un an avant la révolution. Il n’était pas
engagé dans un groupe politique précis, mais il participait à toutes les
activités politiques contre l’ancien régime et contre la corruption. « Le
but de ma participation à la vie politique, c’est d’aider les pauvres à
améliorer leur vie. L’Egypte est un beau pays et chaque citoyen, soit musulman ou chrétien, doit obtenir tous
ces droits sans discrimination et la dignité humaine de chacun doit être
respectée », disait Mina Daniel.
Pour lui, la cause des coptes faisait partie de la cause de la Patrie. Grâce à son
intérêt pour les pauvres et à pour la lutte contre la corruption, et grâce à
une ressemblance physique avec Che Guevara, Mina était connu comme le Guevara
d’Egypte.
Pendant la révolution : Mina Daniel était un des héros de la révolution du 25
janvier. Il était toujours présent aux premiers rangs. Il a été blessé par des
balles à deux reprises pendant les dix-huit jours de la révolution, mais il
refusait d’aller à l’hôpital pour ne pas quitter la place de Tahrir. Tous les
jeunes révolutionnaires sur la place de Tahrir le connaissent bien, et nous
pouvons trouver facilement sur l’internet une vidéo sur Mina et son ami Mohamed
sur la place de Tahrir ; ils chantent : « La révolution est
belle, quand on est ensemble, toi et moi…».
Après la révolution : L’intérêt porté par Mina Daniel aux droits de tous
les citoyens, musulmans et chrétiens, ne l’empêchait pas de défendre la liberté
religieuse et les droits légitimes de la minorité copte en Egypte. Il
considérait les problèmes des chrétiens en Egypte comme un aspect des grands
problèmes de la société qui touchent quelques groupes marginalisés comme les
coptes et les femmes… etc. Sur la base de cette idée, Mina est sorti le 9
octobre 2011 dans une marche avec les chrétiens manifestant à la suite de la
destruction d’une église au sud de l’Egypte. Cette marche a fini par un
massacre : presque 25 morts coptes, dont Mina Daniel. Ce jour-là, Mina a
cessé de chanter.
Ce que nous pouvons retenir de la courte vie de Mina
Daniel, c’est l’engagement d’un jeune chrétien dans la vie de la société. Un
jeune chrétien qui luttait contre le régime autoritaire et contre la
corruption, pour défendre surtout les droits des plus pauvres. Un jeune
chrétien ouvert à travailler avec ses amis musulmans pour le bien de leur pays,
et pour établir un projet démocratique. Et, finalement, un jeune chrétien qui
dans sa lutte pour le bien commun n’a pas oublié de défendre la liberté
religieuse de sa communauté, qui n’était pas pour lui une communauté close mais une partie
importante de la patrie. Il me semble que la vie de Mina Daniel peut être vraiment une icône
pour tous les jeunes chrétiens d’Egypte.
------------------------------- Extrait de mon mémoire "Le rôle des Eglises aujourd'hui dans la société Égyptienne: Un regard sur la révolution du 25 janvier".