2. Ne vous retirez pas ! Une Eglise engagée
dans la société
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| "Justice Sociale" - Dessin par: Samer Gaafar |
Les chrétiens d’Egypte, après avoir connu des moments difficiles
pendant les années 80 et 90, sont devenus plus en plus enfermés sur eux-mêmes (sauf,
bien sûr, des exceptions) et que l’Eglise a tenu ces dernières années un
discours plus ou moins négatif sur notre patrie terrestre considérée comme une
patrie de souffrance et d’exil, tandis que la patrie céleste est notre vrai
patrie où nous connaîtrons la paix éternelle ! Ce discours,
malheureusement, a favorisé l’enfermement de la communauté chrétienne sur
elle-même et a encouragé de plus en plus les chrétiens à se retirer de la vie
sociale et de la vie politique. Or, l’Eglise d’Egypte est invitée aujourd’hui à
redécouvrir l’importance de cette patrie terrestre et l’harmonie entre cette
patrie terrestre et notre patrie céleste. En fait, la patrie céleste ne
supprime pas la patrie terrestre ; au contraire, il y a une relation
d’intégration entre les deux et le service de l’un n’empêche pas le service de
l’autre : « mais l’attente de la nouvelle terre, loin d’affaiblir
en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps
de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du
siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès
terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup
d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une
meilleure organisation de la société humaine [1]». Ainsi, dans la vie chrétienne la réalité céleste ne veut pas détruire la réalité
terrestre ; au contraire, une rencontre entre les deux est
nécessaire : « … la vie chrétienne ne les détruit (les réalités avant-dernières)
ni ne les sanctionne ; en Christ, la réalité de Dieu rencontre celle du
monde ; nous sommes associés à cette rencontre, qui a lieu au-delà de tout
radicalisme et de tout compromis. Vivre en chrétien veut dire participer à la
rencontre du Christ avec le monde[2] »,
explique Bonhoeffer.
Une communauté pour le monde
Dans son ouvrage « Théologie de
l’espérance », Moltmann nous invite à réfléchir au rôle de la communauté
chrétienne : pourquoi sommes-nous là ? Et à quoi aspirons-nous ? D’abord, il explique que
la communauté chrétienne n’est pas une communauté pour elle-même, mais elle est
invitée à être une communauté pour le monde, c’est-à-dire, une communauté au
service du monde « Elle n’est donc rien pour elle-même : tout
ce qu’elle est ; elle l’est dans son existence pour les autres ; elle
est la communauté de Dieu en étant une communauté pour le monde[3] ».
Pour Moltmann, notre mission en tant que chrétiens n’est pas seulement de
transmettre la foi et l’espérance, mais aussi de travailler à une vraie
transformation historique de la vie ; car pour lui, « L’espérance de l’Evangile a une
relation polémique et libératrice non seulement avec les religions et les
idéologies des hommes, mais bien davantage encore avec leur vie concrète et
pratique, et avec les conditions extérieures dans lesquelles cette vie déroule[4] ».
Moltmann nous invite alors à être, au cœur de ce monde, au service de la vérité
et de la justice ; à travailler au cœur de la société pour plus d’humanité
et plus de liberté, par cette force de l’action créatrice de l’amour :
« Les institutions, rôles et fonctions de la société sont des moyens
sur le chemin de cette « extériorisation » ; ils doivent donc
être mis en forme par l’action créatrice de l’amour, en sorte que la
coexistence des hommes dans cette société se fasse avec plus de justice,
d’humanité et de paix, et dans la reconnaissance mutuelle de leur dignité
humaine et de leur liberté[5] ».
A partir de cela, nous pouvons découvrir le deuxième
rôle de l’Eglise copte dans la société: être engagée dans la société.
Aujourd’hui, et après la révolution, les chrétiens d’Egypte sont invités à
participer sans avoir peur à la vie sociale, à la vie politique et surtout, à
construire avec leurs compatriotes l’avenir du pays. Nous comprenons très bien
les craintes légitimes des responsables coptes, mais le fait de s’éloigner de
la vie de la société serait aussi une erreur désastreuse. Nous avons vu dans la
première partie que les chrétiens d’Egypte étaient, dès les premiers jours de
la révolution, côte à côte avec leurs amis musulmans sur la place de Tahrir.
Aujourd’hui aussi, nous devons travailler tous ensemble pour assurer la
démocratie, la justice et la liberté pour tous les citoyens. Travailler
ensemble au service du bien commun c’est l’appel de l’Evangile, car il nous
invite à aimer et à servir.
[1] G&S 39§2
[2] Bonhoeffer Dietrich, Ethique, Labor et Fides, Genève, 1989, P. 104.
[3] Moltmann, Jurgen, Théologie de l’espérance, Cerf, Paris, 1983, p. 352.
[4] Ibid., p. 355.
[5] Ibid., p. 364.
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Extrait de mon mémoire "Le rôle des Eglises aujourd'hui dans la société Égyptienne: Un regard sur la révolution du 25 janvier".

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